Rendez-vous sur Arrakiss
Le 08/10/2019 à 15:14 dans /Pensees/

On ne doit plus parler de féminisme

En tant que prof de sciences, ça me semble important d'interpeler mes élèves sur la question d'égalité des sexes, notamment dans le domaine scientifique. En effet, dans ce domaine comme dans bien d'autres, il reste du boulot.

Bref, j'essaie, à mon petit niveau, de les éduquer en matière de féminisme.

Malheureusement…

J'ai été déçu en classe suite à cette activité. Alors que je présentais les travaux de Mae C. Jemison, Marie Curie, Shirley Ann Jackson, Margaret Heafield Hamilton) et bien d'autres, un élève s'est exclamé de façon la plus innocente possible :

C'est des femmes qui font des métiers d'hommes.

Ahem… Ça voudrait dire que le message passé correspond à :

Regardez, c'est pas si mal, il y en a 2 ou 3 qui sortent du lot même si elles ont un vagin. Quand même, elles ne sont pas aidées les pauvres…

Gros plantage…

Force est de constater que ça n'a pas les effets souhaités. D'ailleurs, cela semble une question à creuser lorsqu'on constate que la journée des droits de la femme existe depuis des années, et ne semble pas fonctionner comme on le voudrait.

make it stop

Je m'interroge donc sur la pertinence des travaux et ouvrages comme “100 grandes femmes de l'Histoire”.

Effets possibles sur les filles

Au regard des yeux qui s'illuminent en classe lors de ce genre de travail, il est évident que même à 11 ans, elles ont toutes fait l'expérience désagréable de propos sexistes.

Au moins ce genre de travaux leur démontre que tout ce qu'elles ont pu entendre est faux, qu'une combinaison XX n'est pas une mesure de leurs valeurs.

Et ça fait du bien. :)

Rien que pour ça, ça vaut le coup. Mais ce n'est pas suffisant.

Rares sont les filles à s'imaginer comme ingénieure, physicienne théoricienne ou prix Nobel. Encore plus rares sont les garçons.

Effet mathilda

Effets possibles sur les garçons

Les garçons aussi connaissent leur part de sexisme. On leur en apprend tous les aspects nauséabons peu importe le genre :

Pleure pas, t'es pas une fille

Tu cours comme une fille !

Entre ce qu'ils entendent dans leur entourage et ce qu'on leur présente lorsqu'on met les femmes en avant, ils se sentent peut-être menacés ? Je l'ignore, mais ce qui est sûr, c'est que le message passe mal.

Ou alors sont-ils persuadés d'être supérieurs qu'ils regardent les femmes comme des animaux savants ?

so annoying

Il est possible aussi qu'un sentiment de culpabilité soit ressenti. Quand je réalise ce que certains hommes font, j'ai honte d'en être un. Oui, honte.

Mais je suis un adulte, capable de prendre du recul et me détacher des actes de certains enfoirés.

Quid d'un enfant? J'imagine qu'il doit trouver injuste de devoir assumer des actes qu'il n'a pas commis. Alors que fait-il ? Il adopte la même attitude ? Il se défend maladroitement ? En tous cas, ce n'est certainement pas ce qu'on veut lui dire à ce garçon.

Elle est où l'erreur ?

Après la remarque de l'élève mentionné plus haut, décontenancé et déçu, je cogite, demande autour de moi. Une idée émerge alors : on ne doit plus parler des femmes d'un côté et des hommes de l'autre. On creuse l'écart à faire des actions pour les femmes. On les stigmatise.

Au lieu de féminisme, parlons plutôt d'humanité.

Sur ce sujet aussi, il y a du boulot…