Rendez-vous sur Arrakis, Le site perso d'un hacker libriste curieux crêpophile étourdi
Le 18/05/2019 à 06:43 dans /Journal/2016/

Apprendre à ne rien faire

C'est l'été, il fait beau, notre habitat naturel nous tend les bras. Nous pouvons tous profiter de beaux paysages, de promenades en forêt, du bruit des vagues, de l'air pur de la montagne... Pourtant, j'ai l'impression de voir une majorité de personnes envoutées par leur "smart"phone.

Non, ne me dîtes pas que c'est pour jouer à pokémon go. Le problème était déjà là bien avant. Oui, car il s'agit bien à mon avis, d'un problème actuel ou à venir.

Prenons l'exemple d'une famille qui s'installe au cinéma dans le rang juste devant. Il reste quelques minutes avant le début des bandes annonces, tout le monde s'installe calmement, le papa et la maman d'un côté, les 3 enfants de l'autre. On imagine habituellement ces derniers piailler pour quelques bonbons, voire se chamailler gentiment (?). Une fois chacun servi, on commence à évoquer quelques souvenirs de films précédemment vus, d'anecdotes. On échange ses préférences et ses goûts, jusqu'au moment où les lumières s'éteignent pour accueillir Le Petit Mineur.


Vous l'entendez la petite musique?

Mais non, ça, c'était avant. Maintenant, chaque membre de la famille, des parents aux enfants, est figé sur son smartphone. Personne ne parle. Isolés dans une bulle virtuelle, les humains d'une même famille s'appliquent avec le plus grand soin à s'ignorer mutuellement.


extrait de black mirror, une série à voir

Le moindre petit moment de nos vies où "nous n'avons rien à faire" est un prétexte pour sortir le petit écran de notre poche. Dans le bus, dans une salle d'attente, en conduisant (les cons) et même aux toilettes!

Puisque c'est les vacances, je ne peux m'empêcher de penser aux trajets en voiture. Si si, vous savez, ces si longs voyages avec monsieur qui râle après les autres (du calme, c'est les vacances), madame qui étend ses jambes au-dessus de la boite à gants (histoire de gagner une séance de contorsion surprise si l'airbag se déclenche), et les enfants qui se chamaillent derrière. Alors pour avoir la paix, on leur refile une tablette ou un smartphone avec un dessin animé. Bon, une fois, je ne dis pas, mais pour tout le trajet?

C'est là qu'est le problème : nous ne savons plus nous ennuyer. Pire, on apprend à nos enfants que chaque seconde à ne rien faire est du gâchis. Le moindre instant "perdu" nous agace, et d'impatients nous devenons insupportables. Comment réagirons-nous si un jour les réseaux sont fermés? Quelle sera notre réaction lorsque la batterie sera à plat? Un fumeur en manque s'en sortira peut-être mieux.

Pourtant, s'ennuyer, en particulier lorsqu'on est un enfant, c'est important. On peut laisser son esprit rêver, mais aussi et surtout réfléchir. L'imagination se développe. Ça améliore la capacité à se concentrer, nous en avons tous besoin. On se laisse même aller à l'introspection. Bref, on médite.

Avons-nous peur finalement de se retrouver face à soi-même, seul avec soi?

Il semblerait que ce comportement s'explique en partie par le fait que dans nos sociétés, nous cachons la mort, pourtant inévitable. Cela nous pousserait à optimiser chaque seconde de notre "capital de vie", afin d'avoir un bilan positif au final. Je ne suis pas encore convaincu, c'est pourquoi je compte sur mon cher JB pour mettre en commentaire le lien vers la vidéo d'Etienne Klein qui explique ça certainement tellement mieux que moi. ☺

En attendant, par pitié, laissez les enfants s'ennuyer en voiture. Essayez de vous passer de téléphone juste pour voir, et dites-moi si cela vous aide à organiser vos pensées.